03.05.2007

Hasankeyf, un trésor condamné à être noyé

Episodes précédents :
Vers Diyarbakir. Première Etape : Istanbul
Vers Diyarbakir. Sur la route
Enfin, le Kurdistan !


Le 20 mars 2005, avec la délégation italienne, je suis partie visiter le site archéologique de Hasankeyf. J’expliquerai l’importance de cet endroit à la fin de ce compte rendu. Pendant ce voyage, j’ai pris des notes vocales avec mon dictaphone. J’aurais bien aimé insérer l’audio au moins de quelques unes de ces notes, mais comme elles sont en italien, et qu’en plus la qualité audio est très mauvaise, je me contenterai de les traduire par écrit.

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11.03.2006

Rêve d'Istanbul

Je suspends un moment le récit de mon voyage pour parler du rêve d'un voyage.
Aujourd'hui j'ai pris part à un atelier d'écriture, justement sur le voyage. En fait, le thème concernait l'"avant" du voyage, le rêve. On était censé raconter un voyage qu’on rêve, ou qu’on a rêvé, faire. Moi, j’ai parlé d’un de mes plusieurs rêves, avant qu’il se réalise. Je copie donc ici exactement le texte tel que je l’ai lu. La version que j’avais écrite est un peu plus longue, mais je me suis aperçue, pendant que les autres lisaient leurs textes, qu’elle était un peu
trop longue, donc j’ai décidé de la raccourcir. Et voilà ce que ça a donné.

medium_imag0037.jpgTout a commencé par une croisière ratée. J’avais un petit ami, à l’époque, et on aimait beaucoup voyager, quand on en avait l’occasion. Malheureusement, on pouvait toujours aller en vacances à la même période de l’année, début septembre, à cause du travail. C’est la raison pour laquelle on a fait deux fois la même croisière, dans la Méditerranée, mais du côté occidental : Espagne, Corse, France… Mais la deuxième fois, on aurait bien voulu faire l’autre tour, à Orient. C’est alors que j’ai vu Istanbul dans la brochure, et j’en ai été attirée irrésistiblement. Istanbul, c’était l’Histoire, avec un grand H.

Je n’en savais pas beaucoup, je l’avoue. Mais c’était déjà une ville qui avait eu trois noms différents, et c’était comme si l’histoire changeait au fur et à mesure qu’elle changeait de nom. Et puis, le croisement entre l’Asie et l’Europe. Une ville entre deux continents est un voyage en elle-même : tu traverses un pont, et voilà ! t’es sur un autre continent.

Et un croisement de religions aussi : deux des trois grands monothéismes avaient eu leurs sièges ici, le troisième était présent quand même. Et de cultures : une ville non arabe où on peut goûter tous les saveurs du monde arabe.
Les odeurs, les épices, les couleurs, je ne les avais jamais connues, mais c’était comme si je les connaissais depuis toujours.

Et les gens : voir comment cette longue et lourde histoire les avait marqués, si eux, méditerranéen comme nous, les italiens, étaient très différents de nous ou si parmi eux je me serais sentie chez moi.

La mer m’a toujours attirée. Et Istanbul est une ville de mer, une ville où même les mers se croisent, se mélangent et se quittent. Comme les deux continents. Comme les gens, d’Orient et d’Occident. Comme les cultures, ou les parfums.

21.02.2006

Enfin, le Kurdistan !

Episodes précédents :
Vers Diyarbakir. Première Etape : Istanbul
Vers Diyarbakir. Sur la route


Je commence à avoir faim, midi est passé depuis longtemps, il est presque deux heures et demi, et le chauffeur ne semble avoir l’intention de s’arrêter.
Quand je suis fatiguée, je me déprime, mais quand j’ai faim, je deviens agressive et je ne vois plus personne. Je me souviens d’un jour où je devais faire une visite médicale, c’était début après-midi et je n’avais pas encore déjeuné. Le médecin m’appelle, je me lance vers le cabinet. Un vieux s’approche en disant : « Je suis arrivé avant elle ». Le docteur lui répond :
« Mais dans ma liste elle est avant vous. Si la demoiselle veut vous laisser passer… ». Non, je rentre dans le cabinet sans même m’excuser : j’ai hâte de rentrer à la maison pour manger. Je regretterai mon manque de gentillesse qu’après avoir rempli mon estomac.
C’est donc bien un de ces moments-là : je crève de faim, et je commence à râler toute seule contre les turcs. Et je me dis : qu’ils n’osent pas me faire changer de place une autre fois, sinon ils vont m’entendre.

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22.01.2006

Vers Diyarbakir. Sur la route

Sur mon billet il y a un numéro : le 26. Je suppose que c'est le numéro de mon siège. Une fois montée dans le car, je cherche donc les numéros des sièges, mais je ne les vois pas. Je décide alors de m'asseoir simplement à une place libre, et j'espère que ce ne sera pas très grave si ce n'est pas la mienne.

A côté de moi, s'assied un jeune homme très mignon. Mais ça ne va pas durer. Au bout d'un moment, un type – le contrôleur – s’approche et me dit quelque chose. J’ai déjà compris qu’il veut que je change de place, mais pour être sûre je pose la question en anglais. C’est tout de suite évident qu’il ne parle pas anglais. Le jeune à côté de moi, par contre, oui. Et un très bon anglais, pour tout dire. Il m’explique que je dois changer de place, oui, mais pas pour la raison que je croyais : ce qui se passe, c’est qu’une femme ne peut pas être assise à côté d’un homme qu’elle ne connaît pas. J’hallucine. Mais je ne suis pas la seule : le jeune qui me l’a expliqué a l’air de ne pas approuver, et en fait il commente quelque chose comme « On nous dit que la Turquie est un pays moderne et laïque… ».

Je ne fais pas d’histoires en tout cas : évidemment cette histoire ne me fait pas plaisir, mais au même temps je n’ai aucune envie de montrer l’arrogance de l’occidentale qui se croit supérieure et traite le pays qui l’accueille en rétrograde. Je suis heureuse d’être là. Pour l’instant, je m’adapte.

Les cars turcs sont des bijoux. On ne peut pas dire autant des stations où ils s’arrêtent, mais les véhicules en soi sont vraiment excellent, et le service aussi. Je n’ai jamais voyagé en train en Turquie, parce qu’on me l’a toujours déconseillé : les trains sont très lents et très mauvais. C’est la différence entre public et privé.

On part à minuit, la plupart des gens va bientôt s’endormir, mais avant il faut respecter les coutumes : le steward passe demander si on veut quelque chose à boire : thé (hélas ! pas le thé turc mais celui en sachet, dans un gobelet rempli d’eau chaude), café (soluble), coca, jus d’orange… Sans oublier, avant, d’éteindre son téléphone portable. Ce qui est obligatoire : si quelqu’un du personnel voit un mobile allumé, il le fait éteindre tout de suite. Et, après avoir bu, on passe avec le liquide pour se laver les mains. On le fait toujours, comme à la sortie des restaurants.

Je suis donc assise à côté d’une fille. Je n’essaie même pas de lui parler. J’aurais dû, peut-être : les jeunes souvent parlent des langues étrangères. Mais je ne veux pas la déranger. Je découvre par contre que devant moi il y a une famille de français, dont le père est kurde. Là je ne me fais pas de problèmes, et je me mets à parler. Ils vont à Gaziantep.

La nuit les arrêts sont beaucoup moins fréquents que pendant la journée : il y en a un seulement vers 2 ou 3 heures. On peut descendre, aller aux toilettes (toujours payantes, et assez chères par rapport au coût de la vie là-bas), manger un morceau, fumer une cigarette, et, oui, allumer son portable aussi. Entre-temps, pour les arrêts les plus longs, on lave le car. Il y a beaucoup de poussière sur les routes en Turquie. De la poussière qui, en plus, se transforme vite en boue aux premières gouttes de pluie. On dirait être à côté du désert.

On arrive à Ankara le matin. La dernière fois que j’ai fait ce voyage, je n’ai pu rien voir de la ville, parce qu’on y est passé pendant la nuit. On m’a toujours dit que ce n’est pas vraiment joli, et ce que j’arrive à percevoir, en fait, me le confirme.

Leaving Ankara OtogarLeaving AnkaraAnkara UniversityAnkara UniversityAnkara from behind bars

C’est assez tard, et j’ai déjà pris mon petit-déjeuner, donc je ne mange rien, en croyant qu’on va bientôt déjeuner.
Malheureusement, je ne peux pas trop bavarder avec le kurde-français : justement à Ankara on me fait changer de place une autre fois. Je commence à m’énerver, mais je me rends bientôt compte de la chance que j’ai eu : vu qu’il n’y a pas de places « pour femmes » libres, on me fait asseoir à côté du chauffeur, d’où je peux prendre de très belles photos.

On the road againOn the road again and again

Le chauffeur, lui, il s’en fiche des règles qui concernent les voyageurs. Non seulement parle-t-il tout le temps à son portable, mais regardez un peu ici…

Smoking

Je suis le chemin sur la carte dans le livre que j’ai emporté avec moi. Je découvre alors que le lac qu’on côtoie sur la route vers Adana est le lac Tuz (« sel » en turc).

The Lake TuzThe Lake Tuz againMore on the roadSun on the roadCountryside and sheepThe Lake againOn the what?On the... bus :-)

Je n’arrive par contre pas à comprendre quelle est la montagne de rêve que je vois à l’horizon. Mais peu importe, le spectacle me suffit. Et d’ailleurs, ici chaque montagne est différente de l’autre, et moi, qui n’aime pas du tout la montagne, je reste enchantée : je suis en Cappadoce.

First mountainsAnd now?Further and furtherPassing through

(Plus de photos sur ma page Flickr)

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17.01.2006

Vers Diyarbakir. Première Etape : Istanbul

La semaine prochaine je serai à Ankara pour un séminaire de journalistes sur l’élargissement de l’Ue. J’ai donc pensé préparer ce voyage en racontant un de mes voyages en Turquie, qui, d’ailleurs, sont sans aucun doute les plus intéressants parmi tous les voyages que j’ai faits.
Jusque là tous mes déplacements dans ce pays au croisement de l’Europe et de l’Asie avaient pour but de participer, avec des délégations internationales, au Newroz, le jour de l’an kurde. Mais on aura le temps de reparler de cela.
C’est donc la première fois que je vais en Turquie officiellement comme journaliste : les autres fois je faisais tout ce que je pouvais pour le cacher. La vie pour un journaliste n’est toujours pas facile là-bas, même pour un journaliste étranger, si on touche à des thèmes sensibles. Comme la question kurde.

La dernière fois a été en mars 2005. Malheureusement mes moyens technologiques sont souvent très basiques pour plusieurs raisons. Dans ce cas-là, par exemple, mon appareil photo, qui m’avait été fidèle pendant des années, mais qui était aussi un des tous premiers appareils numériques, allait bientôt me quitter, et on le voit. Heureusement, il a résisté jusqu’à mon retour : son agonie s'est terminée exactement le jour de mon départ d’Istanbul.

C’est pour cette raison que les photos que vous verrez sont souvent de mauvaise qualité. Mais je trouve que, en général, elles ont une valeur documentaire qui va bien au-delà de la simple qualité esthétique.

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